La campagne fait le tour du monde

Voici le témoignage de J. :

Tout d'abord, je me présente rapidement, je suis J., je suis français et vis à Paris depuis 2006. J'ai 34 ans.

J'ai voulu ce soir aller chatter (et pas chercher du sexe) sur un site gay et je suis tombé sur votre lien... Curiosité, et hop j'ai cliqué...

Ah oui, j'oubliais je suis séropo hein... c'est quand même important de le préciser...

J'ai regardé votre petit film, j'ai été super content en voyant le film : deux garçons super mimi qui "craquent" manifestemment très fort l'un pour l'autre, et je suis un peu trop sentiment peut-être, mais je les ai trouvés chauds, mignons, mais surtout complices ; limite le coup de foudre... Et j'étais là à sourire niaisement comme un idiot devant les feux de l'amour...

Puis d'un coup, alors que rien n'est dit (ou en tout cas on entend rien dans le film) : le REJET TOTAL et VIOLENT, en une seconde tout s'écroule, bascule dans l'horreur la plus simple et chose inattendue : j'arrive enfin à pleurer ! Je dis enfin, car, c'est mon histoire de vie, mais mes dernières larmes je les ai sorties de mes yeux à l'âge de 8 ans au décès de ma mère... Je n'ai jamais réussi à pleurer de nouveau par la suite, et tout le monde sait à quel point cela peut être un soulagement... et bien personnellement, rien, nada, nothing depuis cet âge là.

Merci à ce film, merci de montrer à quel point c'est si dur d'être considéré comme de la m..., d'être considéré comme quelqu'un avec qui on ne peut rien construire : ce rejet je l'ai vécu de nombreuses fois : sur le net, dans un sauna, avec un mec que je ne voyais que pour du sexe mais pendant très longtemps, ou même avec les garçons avec qui j'ai pu imaginer croire qu'un jour on aurait pu être ensemble...

Bref, merci à vous tous pour avoir mis ce problème là devant les yeux de tous, je crois que je ne pouvais pas moi-même mettre des mots sur "ça" et le regarder sur un écran alors que je vis ces rejets sans arrêt et coup sur coup depuis 16 ans maintenant, tout ça a fait craquer mes yeux : je pleure à nouveau : quelle délivrance !

Je finirai juste en disant qu'à force de recevoir des coups de pelles dans la tête et des couteaux dans le coeur face à ces rejets, j'ai finalement choisi d'être tout aussi malheureux, mais au moins je choisis ma misère moi-même : je ne vois plus personne depuis bientôt un an... Après tout c'est quoi le dicton : mieux vaut être seul que mal accompagné non ?

Merci encore, et vive le québec et votre façon de penser, les princesses du Marais parisien et la France en général ont encore beaucoup de chemin à faire...

Un gros bisou,

J.

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